/« Visa me touche »
A l'exposition "Warm Waters" de Vlad Sokhin, au Couvent des minimes © Mathieu Vautier

« Visa me touche »

Ce qui fait Visa, c’est aussi son public. Que pensent les visiteurs des photos exposées ? Que ressentent-ils en les voyant ? Qu’en retiennent-ils ? Réponses avec des visiteurs croisés en début de semaine dans les allées du Couvent des Minimes et de l’Atelier d’urbanisme.

 

« J’ai envie de fondre en larmes à chaque photo ». Devant l’exposition de Laurent Van der Stockt sur la bataille de Mossoul, Charlotte, 23 ans, fait tout pour ne pas craquer. Mais face à nos questions, la jeune femme ne peut se contenir. Elle éclate en sanglots. Trop marquée par « la souffrance des gens et les enfants qui ont peur ». L’exposition du photographe, qui a travaillé pour le quotidien Le Monde, montre des scènes très dures. Sur un cliché, une voiture piégée explose juste devant le tank où se trouve le photographe, dans une pluie de débris et une épaisse fumée. Sur une autre photo, l’effroi d’une petite fille serre le cœur, les mains plaquées sur le mur de sa maison lorsque des hommes en armes débarquent brusquement chez elle.

« L’horreur »

Charlotte, elle, a été particulièrement touchée par la photo de deux combattants prise quelques secondes avant qu’ils ne soient tués par l’attaque d’un kamikaze. « On est au cœur de la violence », résume la jeune femme. Comme elle, nombreux sont les spectateurs à être désemparés par les scènes photographiées. « C’est pas possible…», lâche spontanément Nelly, devant la série de Daniel Berehulak sur la chasse aux narcotrafiquants dans les rues de Manille. « C’est l’horreur, je suis effarée. On n’est que dans le sang », ajoute cette hôtesse d’accueil de 46 ans. Elle n’a quasiment plus de mots pour décrire ce qu’elle ressent. Elle n’a plus qu’une envie, partir.

Utile

Pour Patrice, son compagnon, ces expositions sont au contraire utiles car elles donnent à voir des réalités invisibles dans les grands médias. « J’ai vu des photos d’attentats en Asie dont je n’avais pas entendu parler. Pourtant je suis l’actualité régulièrement », remarque cet homme de 58 ans. De nombreux visiteurs disent apprécier la variété des sujets présentés à Visa. Surtout, ils valident le traitement en profondeur, qui permet d’observer « la vie des gens de l’intérieur ». Christian, 64 ans, est un habitué du festival : « Ce que je vois à Visa me touche plus que ce que je vois dans les médias. À la télé, on voit la guerre de Mossoul, et dans la seconde d’après, on passe au sport, à l’économie. C’est de la consommation d’informations ».


Avec l’exposition de Daniel Berehulak sur la guerre de la drogue aux Philipinnes et celle de Stephen Dock sur la traites des êtres humains au Népal, Aisha a découvert deux réalités qu’elle ignorait.

Impuissance

Pour d’autres, ces expositions permettent de relativiser. « En voyant ça, je me dis que, finalement, je suis bien chez moi », note Patrice. Beaucoup parlent de la chance qu’ils ont de vivre en France. « Nous sommes des privilégiés », constate Jacques. Ce retraité de 73 ans a été particulièrement marqué par les photos de Lu Guang sur les conséquences de la pollution en Chine : « D’une certaine manière, ces gens vivent dans la pollution pour nous, pour notre confort ».

Faire réfléchir le public, les expositions remplissent l’un de leurs objectifs. Mais pour quel impact ? « Ça nous laisse complètement impuissants », concède Brigitte, rencontrée devant le couvent des Minimes. Pour Aïcha, 24 ans, même constat. « Tout ça se passe dans des pays très lointains. Je ne vois pas ce que je pourrais faire à mon niveau ».

NORA SCHWEITZER