/Stephen Dock, un regard critique sur le journalisme
Stephen Dock a commencé à faire de la photo à 19 ans, en 2008 © ANTOINE MATTA

Stephen Dock, un regard critique sur le journalisme

Stephen Dock a été sélectionné par Visa pour l’image pour exposer sa série de photos réalisée au Népal entre 2015 et 2017. Celui qui ne se considère pas comme « photojournaliste » mais comme « photographe » dénonce la vision qui consiste seulement à « couvrir l’actu. »

 

Stephen Dock, Français comme son nom ne l’indique pas, est présent cette année à Visa pour son exposition sur le Népal. Il s’est rendu trois fois sur place depuis le tremblement de terre, il y a deux ans : en août 2015, janvier 2016 et avril 2017. « J’avais tout fait : du conflit, du post-conflit… Je n’avais pas encore fait d’humanitaire dans le cadre d’une catastrophe naturelle. Comme j’ai reçu une aide financière et logistique d’Action contre la faim, j’ai pu partir », explique Stephen Dock. Le reportage exposé a été vendu à Newsweek Japan et Libération, mais c’est tout. « Il n’y a pas eu 10 pages dans un grand magazine, le Népal n’intéresse pas, c’est trop loin. On en a juste parlé pour les tremblements de terre. Trois semaines après, c’était fini. C’est comme tout ce qui se passe, c’est de la consommation. On prend, on parle, puis on jette. »

Le photographe dénonce cette vision uniquement factuelle du journalisme : « Le journaliste va rapporter l’événement. Le photographe, comme 90% ici à Visa, couvre une guerre mais s’arrête là. Mais la question est : « Qu’est ce que tu as à dire ? » »

Dans les dhoris, des jeunes femmes dansent et chantent pour le public. Les clients peuvent aussi leur demander des services sexuels. Avril 2017 © Stephen Dock

« Le journalisme, c’est factuel, je n’y crois plus »

Pour lui, l’essentiel est d’apporter une valeur ajoutée. « Mon travail personnel est ce que je revendique. Ce que j’ai fait pour Visa, c’est du journalisme. Or j’ai un vrai problème avec le journalisme, c’est factuel, je n’y crois plus, assure l’homme de 28 ans. Je pense, qu’avec la photo, on peut faire beaucoup mieux. Il faut emmener vers autre chose, que ça devienne plus une expérience sensorielle. » Il développe : « J’ai une vision d’auteur en racontant ce que j’ai vu et vécu. Si la personne en face n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. » Cette évolution lui a été inspirée par le photographe Gilles Peress. « Il dit qu’il n’y a qu’un seul sens de la photographie, c’est de l’intérieur vers l’extérieur, pas l’inverse. Alain Frilet, un journaliste et documentariste, m’a dit un jour avant de partir : « Pourquoi toi et pourquoi ça ? ». Je me demande quelle légitimité j’ai si je vais au Népal et si je fais juste un ramassis d’infos, si je collecte des faits. Les Népalais le font déjà et ils sont excellents. Je ne vois pas l’intérêt. »

« Jamais en quête d’information »

Ce travail plus personnel n’a pas été vendu ou exposé pour le moment. « Je ne suis pas photojournaliste, je suis photographe. Je n’ai jamais été en quête d’information », résume-t-il.

Contre toute attente, cette série de photos sur le Népal lui a permis de faire partie de Visa. Mais pour lui, l’essentiel n’est pas là. « Je suis très content d’être ici mais c’est presque un hasard pour moi. Je n’avais pas pensé être sélectionné. Je ne suis pas venu ici depuis trois ans. »

ANTOINE MATTA

Bio express

Stephen Dock a commencé à travailler à 19 ans. Dix-huit mois après, il a arrêté la photo pendant deux ans. « J’y croyais plus, je ne voulais plus en entendre parler. Je me disais que j’allais jamais y arriver et en vivre. Mais, j’ai repris car c’était trop fort. » À présent, il vit grâce à la vente de ses photos à des médias comme Le Figaro Magazine depuis son reportage en Syrie en 2012. Le corporate (photo d’entreprise) lui a aussi été très utile à moment donné de sa vie, mais il en fait moins maintenant. Originaire de Mulhouse, Stephen Dock aime à travailler sur « les dysfonctionnements des sociétés ». Ce qu’il a fait en France et l’étranger : Venezuela, Cisjordanie, Syrie, Irlande, Mali, République Centrafricaine, Liban. En ce moment, il travaille sur la fin du monde ouvrier en France.