/Samuel Bollendorff en mer Egée
L’accès à la mer se fait la nuit, au pied de la falaise, au milieu des rochers frappés par la mer démontée. Embarquer dans l’urgence sur les frêles canots malmenés par le ressac. À la moindre réticence, les passeurs forcent, sous la menace de leur arme, des hommes, des femmes, des enfants, terrorisés, à s’entasser sur les rafiots de fortune. 
©Samuel Bollendorff

Samuel Bollendorff en mer Egée

L’exposition de Samuel Bollendorff intitulée « La nuit tombe sur l’Europe » en collaboration avec Amnesty International retrace le parcours des migrants pour atteindre le vieux continent. Le photographe a choisi de ne pas montrer de visages ni même de silhouettes. Les images sont exposées sur des blocs de plus de 2 mètres de haut, devant le Palais des Congrès de Perpignan, après avoir séjourné à Paris sous la Canopée des Halles.

« La photographie qui exprime le mieux la genèse de mon projet est celle représentant une falaise sur la Mer Egée au crépuscule. Cette exposition est née en repensant à ces terribles images d’enfants morts sur les plages, comme celle du petit Aylan, de bateaux échoués, de barbelés, des foules immenses de personnes attendant de traverser pour passer en Europe. Les foules désincarnées n’opéraient plus. L’image d’Aylan a fait le tour du monde et pourtant un mois plus tard, le public était comme anesthésié. J’ai donc proposé à Amnesty international d’enquêter sur le trajet des migrants en identifiant ces lieux qui ont été médiatisés, mais sans jamais photographier les réfugiés. Pour que le public s’identifie et se dise : Et si c’était moi ? »

« Pour cette photographie, je me trouvais sur une falaise dans le bras de la Mer Egée entre la Turquie et l’île de Lesbos en Grèce. Le bras de mer de quelques kilomètres est devenu un cimetière de réfugiés. La traversée coûte 1500$ avec les passeurs alors qu’en ferry, ce n’est que 17€. L’Europe s’est fermée, laissant des gens mourir plutôt que de leur ouvrir ses portes. En bas de cette falaise, j’imaginais ces familles traversant sur ces bateaux pneumatiques, ces morts qui n’arrivaient pas à traverser. Là, j’ai pensé à ce moment, à la nuit qui tombe sur l’Europe. Les yeux se ferment sur le sort des migrants. Cette photographie m’a donné l’envie de réaliser un film avec comme plan fixe la mer et la voix de Catherine Deneuve qui raconte les témoignages des migrants. »

LAURENCE MOISDON