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Photojournaliste freelance, une liberté qui coûte cher

 

Les jeunes photojournalistes travaillent la plupart du temps en freelance. L’éventualité d’un salariat à temps plein ne se pose pas vraiment pour les nouveaux entrants. Même si la profession est précarisée, être indépendant plaît par la diversité des activités et la liberté que cela procure. Quatre d’entre eux nous racontent leur quotidien.

Le nombre de photographes de presse est en constance diminution depuis les années 2000. Pourtant, l’image n’a jamais eu autant d’importance que maintenant. Il faut donc se faire une place. Basé à Lyon depuis 2011, Pierre-Antoine Pluquet, 26 ans, raconte : « En France, tout se passe à Paris. Mais, j’ai commencé à faire mon réseau ici, à Lyon. Du coup, j’y suis resté ». Il publie notamment dans Nouveau Lyon, un mensuel sur la métropole lyonnaise pour qui il travaille une semaine par mois. Mais il rappelle la réalité d’un métier qui s’est précarisé : « Avant, tu appelais une rédaction, tu envoyais ton synopsis, tu partais avec le journaliste sur place. Tout était payé et toi aussi. Maintenant, cela ne se fait plus. Tu dois tout avancer et réussir éventuellement à te faire rembourser en ayant une publication ».

Même son de cloche chez Charles Chevillard, 25 ans et basé à Paris. Journaliste en presse écrite au départ notamment pour France Football, il s’est spécialisé dans le photojournalisme depuis 2015. Sa connaissance du milieu du sport lui a permis de faire des photos pour Eurosport, Vice… et un média espagnol de type So Foot, Revista libero. « J’ai pris des photos portraits de Cavani au Camp de loges. Le média avait publié une annonce sur Twitter. La réalité du quotidien est aussi celle-là : on doit regarder les annonces passées, envoyer des projets… » Il faut être attentif car, pour se faire un nom, il faut être publié et la concurrence est rude.

Une profession externalisée

Pierre Morel, 29 ans, travaille pour différents médias d’Okapi à Paris Match en passant par Libération. Il confirme cette situation : « Structurellement, la profession de photojournaliste est externalisée. Les rédactions n’embauchent que très peu. » Il faut se faire connaître avec son portfolio en démarchant des journaux ou en rencontrant du monde. Le métier, ce n’est pas juste faire de la photo. « Pour avoir des commandes, on fait du commercial, de la communication, on entretient un réseau, on réfléchit au sujet. La photo représente que 20-30% du travail. »

Ce mode de vie apporte aussi une certaine liberté, ce que soulignent beaucoup de photojournalistes. « Être freelance me laisse la liberté dans le choix des journaux avec qui je travaille, des sujets que je veux traiter, d’organiser mon emploi du temps », continue Pierre qui est dans la profession depuis dix ans. Il est pratiquement impossible pour un photojournaliste qui se lance de subvenir à ses besoins uniquement avec la presse. Il doit faire des photos d’entreprise.

« Le corporate, on n’a pas le choix »

Si 50% de son travail est consacré au photojournalisme, Pierre-Antoine accorde une place prépondérante au « corporate ». Un terme devenu monnaie courante dans le monde des photographes. « On n’a pas le choix si on veut avoir des revenus décents. Même si c’est de la communication, on découvre plein d’autres univers tous les jours. J’ai pu aller sur des chantiers de nuit de la SNCF », détaille l’homme de 26 ans qui a aussi fait des mariages. Et, cette partie du métier est obligatoire financièrement : « Un jour de travail en « corporate » correspond à dix jours de travail pour la presse en terme de rémunération. » Des photos d’entreprises rapportent entre 700 et 1 500 euros la journée, contre de 150 à 300 euros pour des images de presse.

Dans cette même logique, Charles Chevillard travaille pour Sosh, l’opérateur téléphonique. « Ça ne me dérange pas du tout de faire de la communication en tant que photographe alors qu’à l’écrit, oui, j’ai toujours refusé de le faire. Quand je prends une photo, je peux exprimer ce qui m’intéresse de façon plus libre. » Avec la photographie, le côté artistique peut toujours être recherché. Mais sans salaire fixe, les mois ne sont pas toujours faciles.

Alterner CDD et projet personnel

C’est pourquoi certains s’essaient au salariat. Etienne Bouy, 26 ans, travaille en CDD au Dauphiné Libéré depuis novembre 2016 : «  Je remplace différents photographes en arrêt maladie. Tous les mois, mon contrat est renouvelé pour un mois. » En septembre prochain, sa mission devrait s’achever. « Dans tous les cas, je ne compte pas rester. J’ai envie de voir autre chose. Mais cette expérience en locale m’a permis de faire beaucoup beaucoup de photos. » Quelques mois en presse quotidienne régionale lui permet de financer des projets plus personnels. Etienne compte retourner au Caire où il a passé plusieurs mois en 2015.

Tous ces jeunes photojournalistes pourraient voir l’avenir s’éclaircir. Une récente étude du New York Times intitulée « Un journalisme qui se démarque » préconise de donner le premier rôle aux photographes. Dans ce monde de l’image, en valorisant la qualité des clichés publiés, le nombre d’abonnés repartirait à la hausse. D’ailleurs, le journal a doublé la pige quotidienne des photographes.

ANTOINE MATTA