/Au Pakistan avec Zohra Bensemra
La mère de Mohammed Ali Khan (15 ans), tué lors de l’attaque d’une école pour enfants de militaires par un commando taliban qui a pris en otage des centaines d’élèves et d’enseignants. Peshawar, Pakistan, 16 décembre 2014. © Zohra Bensemra / Reuters

Au Pakistan avec Zohra Bensemra

Photographe chez Reuters, Zohra Bensemra a couvert l’attaque des Talibans sur une école pour enfants de militaires au Pakistan en 2014. La photo d’une mère pleurant sur le cercueil de son fils l’a particulièrement marquée.

J’étais à Islamabad quand l’attaque a eu lieu. Après deux heures de route, je suis arrivée à Peshawar. L’armée avait déjà tout bouclé. Je suis allée à l’hôpital mais on ne m’a a pas laissée entrer. Puis, j’ai appris qu’une famille avait récupéré son fils tué dans l’école. Je suis donc allée chez eux. Quand je suis arrivée, le père était devant la maison. Je lui ai tout de suite présenté mes condoléances et demandé si je pouvais entrer dans la maison. Les gens peuvent être violents quand ils sont en deuil et je n’aime pas m’imposer. J’ai vécu ces moments de souffrance moi-même donc je n’agresse pas les gens.

Quand je suis entrée dans la maison, il y avait le cercueil au milieu de la pièce et plein de femmes autour qui pleuraient. J’ai marqué un temps d’arrêt. Puis je me suis approchée petit à petit de la mère. Je lui ai dit comment je m’appelais, Zohra Bensemra, pour qu’elle comprenne que je suis de la même race qu’elle. Elle a commencé à m’appeler par mon nom et à me parler de son fils. J’ai compris qu’elle m’acceptait et qu’elle me donnait en quelque sorte l’autorisation de prendre des photos. J’y suis allée tout doucement. Je faisais mes photos une par une. Je ne photographie jamais en mode rafale. Je n’aime pas ça, je trouve que c’est agressif.

Ce jour-là, j’ai pleuré. C’était un moment très dur. La mère criait en boucle : « Mon fils, mon fils ! », « Je ne le reverrai plus ! », « Tu es parti à l’école et tu m’es revenu dans un cercueil ». Elle n’arrêtait pas. Moi, je photographiais et je pleurais en même temps.

Rien qu’en en parlant, je revois l’image de cette mère, et j’entends ses cris. Ces moments m’ont forgée.

NORA SCHWEITZER