/Michael Nichols, photographe et journaliste
Michael Nichols devant un de ses clichés exposé à Visa pour l'image 2017. ©Nora Schweitzer

Michael Nichols, photographe et journaliste

Après avoir publié vingt-six reportages pour National Geographic, Michael Nichols tient encore à le préciser : son travail n’est pas celui d’un photographe animalier, mais d’un photojournaliste. Souvent accusé de s’intéresser davantage aux animaux qu’aux hommes, il revendique un intérêt général pour la planète et sa sauvegarde.

Sac de courses à la main, chemise légèrement trop large pour lui, Michael Nichols visite incognito sa propre exposition. Il faut dire que le public est captivé par ses images de scènes sauvages. Pour beaucoup, c’est « une respiration », un répit entre les photographies de guerre et de souffrances humaines exposées à Visa pour l’image. Mais celui que l’écrivain américain Tim Cahill surnomme « Nick Danger », refuse que son travail soit une simple « pause » dans l’actualité. Chacune de ses séries raconte une histoire, montre une espèce animale dans son intimité, dénonce l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. « Je ne suis pas photographe animalier, mais photojournaliste », assure Michael Nichols. « Ce qui m’intéresse ce n’est pas l’image en elle-même, mais le récit qu’il y a derrière. »

Un métier à l’épreuve du temps

Pour que ses séries soient cohérentes, le photographe emblématique du National Geographic est parfois resté des mois entiers à suivre une même espèce. « En deux ans, j’ai passé onze mois avec les lions en Tanzanie et je ne pouvais pas m’amuser à aller photographier les zèbres ou bien les éléphants. Pour comprendre un animal, il faut maîtriser son territoire et ça demande du temps ».

La patience n’est pas la seule qualité requise pour exercer ce métier, l’ingéniosité et la maîtrise du matériel sont également indispensables. Michael Nichols a ainsi dû redoubler d’inventivité pour mettre au point des « pièges photographiques », qui se déclenchent grâce à un mouvement. Si le photographe n’est pas derrière l’objectif au moment de la prise du cliché, le travail n’en est pas moins méticuleux. « Je dois réfléchir à l’heure à laquelle l’animal risque de passer devant l’appareil pour faire mes réglages, m’assurer que d’autres espèces ne vont pas déclencher des prises en passant par-là. » Au final, l’Américain le concède, « c’est un peu la roulette russe ». Mais « l’image obtenue est honnête et révèle une intimité, un côté sauvage particulièrement appréciable».

Un système de capture qui reflète l’état d’esprit de cet adepte de la faune. Au cours de ces vingt dernières années, il a tenté de s’effacer. « Je voulais être transparent et déranger le moins possible l’animal dans son environnement naturel », confie-t-il, la main sur le boîtier de son Canon 5D.

Une page qui se tourne

Si Michael Nichols tient à minimiser son impact sur les espèces qu’il observe, c’est pour mieux bousculer les mentalités. « Je veux qu’en regardant mes photos, le public tombe amoureux de la nature et la comprenne, qu’il aime les animaux non pas parce qu’ils sont mignons, mais pour ce qu’ils sont vraiment ».

À l’orphelinat des éléphants du David Sheldrick Wildlife Trust (DSWT). Parc national de Nairobi, Kenya, 2010.
Photo Michael Nichols / National Geographic

Fier d’avoir parfois réussi à faire bouger les lignes, comme avec son reportage sur les éléphants qui a permis la création de 13 parcs nationaux au Gabon, ce passionné de 65 ans prend sa retraite sans frustration. Il a quitté le National Geographic en 2016, après la publication d’une dernière série sur le parc de Yellowstone, aux Etats-Unis. Mettre fin à quarante ans de carrière a « quelque chose d’effrayant », certes, mais après avoir passé une grande partie de sa vie à s’absenter de chez lui, il part serein. « J’étais en reportage six ou sept mois par an, j’ai attrapé vingt-cinq fois le paludisme, le typhus… Désormais, je veux passer plus de temps avec ma femme, mon chat et mon chien ». Une parenthèse dans une vie d’aventurier. Une « respiration », selon ses mots.

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MARIE NAHMIAS