/Michael Nichols en Tanzanie
Chasse au phacochère par le groupe Vumbi, mené par une lionne portant un collier. Parc national du Serengeti, Tanzanie, 2011. Photo Michael Nichols / National Geographic Creative

Michael Nichols en Tanzanie

Au Couvent des Minimes, les immenses clichés de Michael Nichols détonnent au milieu des photoreportages d’actualité : un gorille en gros plan, un flou d’éléphant, un séquoïa géant… Le photographe américain, qui a longtemps collaboré à National Geographic, est passé maître dans l’art de saisir les instants les plus intimes de la vie sauvage. Technologie, ingéniosité, présence au bon moment sont les ingrédients qui lui permettent de ramener des images insoupçonnées. Exemple ici avec une scène de chasse de lions en pleine en Tanzanie.

 

« Quand j’ai pris cette photo, je venais tout juste d’arriver dans le parc du Serengeti en Tanzanie. Je voyais pour la première fois cette tribu de lions que j’allais suivre pendant deux ans. Ca faisait à peine une heure que j’étais avec eux, je n’avais même pas déballé mon équipement et j’allais assister à une scène miraculeuse.

Nous étions dans une zone du parc non fréquentée par les touristes. S’il y a des touristes avec leurs voitures de safari, je ne peux pas faire mon travail, ils font trop de bruit. Le scientifique qui étudiait cette tribu de lions nous a conduits à eux, puis il est parti. C’est grâce à lui que nous avons pu nous approcher, car ils connaissaient sa voiture.

Les lions étaient allongés par terre. Ils étaient squelettiques, la tête baissée. Ils avaient l’air complètement exténués. La tribu vivait dans un quasi désert. Pendant la saison sèche, ils ne trouvent plus de proies. Ils étaient affamés. On s’est approché petit à petit avec notre voiture. On a coupé le moteur et on est restés à les regarder. Je voulais qu’ils s’habituent à nous. C’est important de juste rester assis là. Ils sentent notre odeur, l’odeur de notre voiture. C’était notre manière de nous présenter.

D’un coup, j’ai vu quelque chose à l’horizon. Une lionne s’est levée et a commencé à courir dans cette direction. J’ai cru voir quelque chose dans un trou. Un phacochère! La lionne a commencé à creuser. De la poussière volait dans tous les sens. Les phacochères se terrent dans des trous la nuit. Ils croient qu’ils sont en sécurité mais ils ne savent pas que les lions peuvent les y dénicher! C’était mon premier jour et j’allais voir des lions chasser, j’étais tellement excité! Je me suis dit, ‘ne rate pas ça’!

Quand j’ai pris la photo, j’étais dans ma voiture, à environ sept mètres. Ils étaient tellement occupés à dévorer l’animal qu’ils n’ont pas fait attention. J’ai pris cette photo avec un téléobjectif en utilisant une focale à 200mm. J’avais une voiture spécialement conçue pour mon expédition, sans fenêtre, avec une sorte de plateforme qui fait le tour de la voiture pour que je puisse m’installer de tous les côtés.

La photo que vous voyez est exactement le moment où les lions sortent le phacochère du trou. Vous pouvez voir le phacochère qui crie. Le vent soufflait fort. Je n’ai rien vu d’aussi fou en deux ans. »

NORA SCHWEITZER

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