/« Je me considèrerai photojournaliste quand je serai reconnu par mes pairs »
A 27 ans, le photojournaliste Arnaud Guillaume rêve de pouvoir vivre de son métier © Chaya Fontana

« Je me considèrerai photojournaliste quand je serai reconnu par mes pairs »

Liban, Turquie, Roumanie… Le photojournaliste normand de 27 ans a déjà baroudé. Arnaud Guillaume travaille au port de Granville sept mois par an pour pouvoir larguer les amarres et sortir l’objectif les cinq autre mois.

« La photographie et en particulier le photojournalisme, c’est un peu compliqué d’en vivre », lance le Normand de 27 ans. D’ailleurs, il n’en vit pas. Depuis quatre ans, il travaille au port de Granville une partie de l’année pour financer ses projets. « Pendant que j’étais à l’école, j’ai pu faire des projets comme je pouvais. Puis, je me suis retrouvé dans le grand bain », sourit-il.

Dernier projet en date, le Liban. Avec son amie, Chaya Fontana, spécialisée dans les études des genres, il s’intéresse au sort des réfugiés syriens et irakiens qui font partie de la communauté LGBT Q+ (lesbiennes, gays, bisexuel(le)s, transgenres et personnes qui se questionnent). Premier voyage, premiers contacts. « Notre but était qu’ils nous racontent leur histoire. » Ils laissent de côté la photo pour faire des interviews vidéo.

Pour assurer la sécurité de leurs interlocuteurs en privilégiant des lieux plus en retrait et pour les mettre à l’aise. « La photographie, cela met l’appareil entre la personne et nous. Au moment où on prend la photo, on ne peut pas parler, ce n’est pas une discussion. La caméra, ils ont presque fini par l’oublier, c’était psychologiquement plus facile. »

Ils devaient poursuivre le projet en Turquie et en Jordanie. Faute, en partie, de financement, ils s’arrêtent au Liban. La production du court-métrage est en cours. « Le temps de trouver un traducteur, l’argent pour le payer, le temps pour s’en occuper avec nos emplois respectifs… un an et demi après, je commence le montage », détaille Arnaud Guillaume. Il poursuit : « Le but est de faire quelque chose le plus professionnel possible. Elle comme moi, nous sommes très jeunes dans le métier. Ca fait quatre ans que j’essaye de devenir photographe, parce que je ne me considère pas comme photographe réellement. »

Pour se définir comme photojournaliste, Arnaud Guillaume attend de pouvoir en vivre mais surtout la reconnaissance de ses pairs. « Je n’ai pas encore une production assez importante. Les journaux et les agences ne me connaissent pas suffisamment. Je pense que je ne fais, entre guillemets, pas encore partie du métier. » Granville regorge de sujets, certes, mais pas autant que Paris. D’ailleurs à la fin de la conversation, il lâche: « Par exemple, ça fait cinq ans que je rêve d’aller à Visa, mais je travaille au port. » Pour les expositions, mais surtout pour rencontrer le monde du photojournalisme.

A Notre-Dame-de-Landes, Calais ou Beyrouth, il s’intéresse aux sujets de société. De la guerre, des conflits, ils préfère en couvrir les conséquences sociétales plutôt que l’actualité de l’instant T. Des reportages « au long cours » qui nécessitent des financements parfois importants. Pour le jeune photojournaliste, le plus difficile à surmonter pour « percer » n’est pas la concurrence. « Pour partir faire des photographies, il faut du temps et de l’argent. Pour avoir de l’argent, il faut travailler à côté. Et quand tu travailles, tu as moins de temps pour faire de la photo. Le plus grand problème, pour moi, c’est ça : résoudre cette équation entre le temps, l’argent et les idées, trouver un modèle économique assez viable pour pouvoir faire ce que j’ai envie de faire et montrer ce que j’ai envie de montrer. »

S.B.


Le parcours d’Arnaud Guillaume en 5 images commentées