/L’ombre de Stanley Greene sur Perpignan
La 29e édition de Visa pour l'image, le festival consacré à la photographie qui se tient à Perpignan jusqu'au 17 septembre, rend hommage au photojournaliste Stanley Greene, décédé le 19 mai dernier. Photo Jean-François Leroy.

L’ombre de Stanley Greene sur Perpignan

Perpignan, 3 septembre 2017. Je débarque dans une ville pour un événement dont je ne connais rien ou presque. Cette année, une ombre plane sur la ville ensoleillée d’Occitanie. Stanley Greene, photojournaliste, est décédé il y a quelques mois, à l’âge de 68 ans. Visa pour l’image lui rend hommage. Le photographe était un habitué de l’événement. Quand il n’exposait pas, il venait en simple visiteur, en ami. Sa vie, son œuvre m’intrigue. Je décide de partir à sa découverte.

Stanley Greene ? Jamais entendu parler. Enfoncé confortablement dans le siège du train qui m’emmène à Perpignan, j’attrape le programme du festival. « Entre ses photos de mode, au début de sa carrière, sa couverture de tout l’univers rock et punk en Californie, puis sa conversion au photojournalisme, l’œuvre de Stanley Greene est immense… » Il a photographié des groupes de punk ? Ce gars devait forcément être cool. Son parcours excite ma curiosité.

Arrivé à l’appartement loué pour la semaine, j’allume mon ordinateur, je me connecte à Internet et me renseigne sur ce personnage. Stanley Greene a eu une vie de dingue. L’engagement, dès son plus jeune âge, chez les Black Panthers, puis la photo, la reconnaissance, la gloire, la ruine et enfin la mort. Une vraie rock star. Un look. Beau gars, grand, béret sur le crane, bagouzes à presque tous les doigts. Et puis, il a photographié Joey Ramones et Nina Hagen ! L’exposition consacrée à Stanley Greene sera ma première visite. Direction le théâtre de l’Archipel. Enfin, demain. Il est temps d’aller se coucher.

Ramones, Dead Kennedys et Tchétchénie…

Le bâtiment rouge, au bout d’une place vide et monotone, a la forme d’une tomate molle. « Curieux pour un théâtre », me dis-je. Sur la façade, à côté de la porte d’entrée, une plaque précise qu’il a été réalisé par Jean Nouvel. Dans le hall d’accueil, baigné par le soleil, les photos de la période punk de Stanley Greene sont là… Ramones, Dead Kennedys. Dommage, il n’y en a pas assez. Rapidement et sans transition, on passe au travail de photojournalisme pour lequel Stanley Greene a obtenu sa reconnaissance. Tchétchénie, Afghanistan, Berlin, Russie… la guerre, les conflits, le chaos en images. Les photos sont belles, on dirait des peintures. Et surtout, elles parlent d’elles-mêmes. Pas besoin de commentaires. On regarde. On comprend. C’est de l’art et de l’information.

« Dénoncer les injustices peu importe le prix, quitte à se bruler les ailes »

Photos de guerre, photos punk, il faut que j’en sache davantage. Rencontrer quelqu’un qui l’a connu. Mais même à Perpignan, la tâche n’est pas aisée. Gilles Favier, photographe, me donne les coordonnées de Dimitri Beck, rédacteur en chef du magazine Polka et galeriste. Dimitri Beck connaissait très bien Stanley Greene. Il a réalisé une interview de lui quelques mois avant sa mort et a écrit « Lettre à Stanley Greene » après son décès. Il a plusieurs fois accueilli le photographe au sein de sa galerie située dans le 3e arrondissement de Paris. « Stanley était un romantique, un séducteur et surtout un militant. Sensible. Sans compromis. On retrouve tout ça dans ses photos. Je l’ai découvert à Perpignan. Il exposait son travail sur la Tchétchénie. J’ai pris une claque. Stanley Greene avait une écriture visuelle que je trouvais très forte, il racontait de véritables histoires », assure le journaliste. « Il voulait dénoncer les injustices peu importe le prix, quitte à se bruler les ailes. Son travail est immense, on n’en connaît qu’une petite partie. » Je repense alors à la cinquantaine de photos exposées dans le hall d’accueil du théâtre. Une goutte d’eau dans l’océan créatif de Stanley Greene. Ma croisière découverte ne fait que commencer.

JULIEN ALLAIN

 

L’avis des visiteurs sur l’exposition de Stanley Greene.

Vidéo et montage : Nathan Sportiello et Julien Allain