/La photo, un miroir tendu à la société pour qu’elle change
Malalai Rafi, réfugiée afghane, et son fils Omar (8 ans), dans leur appartement à Sacramento. Omar, rentré de l’hôpital depuis peu, a des lésions cérébrales provoquées par un accident de vélo qui a tué son père, Mustafa Rafi. © Renée C. Byer / The Sacramento Bee

La photo, un miroir tendu à la société pour qu’elle change

La plupart du temps, elles suscitent des émotions. Mais il arrive parfois que les photographies sortent de leur cadre pour faire bouger les lignes. Avec son reportage sur les conditions de vie des réfugiés afghans aux États-Unis, Renée C. Byer est parvenue à ce que le Congrès américain étudie de plus près leur situation, en vue d’améliorer leur quotidien.

Dans chacun de ses clichés, Renée C. Byer dénonce l’injustice qui sévit dans son propre pays, les États-Unis. Alors qu’ils avaient aidé l’armée américaine en Afghanistan, des interprètes, des médecins ou encore des diplomates se sont retrouvés persécutés par les talibans. Pour les protéger, le Congrès américain leur a délivré des visas spéciaux leur permettant de refaire leur vie outre-Atlantique. Mais ces réfugiés, loin d’avoir trouvé un cadre de vie idyllique dans leur nouvelle patrie, sont confrontés à la pauvreté, l’exclusion et la délinquance. C’est ce « nouveau combat», pour gagner un statut social et professionnel décent, que Renée C. Byer et le Sacramento Bee, quotidien californien pour lequel travaille la photographe, n’ont cessé de mettre en lumière.

Des diplômes inutiles

« En arrivant dans son appartement de la région de Sacramento, une femme a failli perdre les eaux tellement elle hurlait à cause de la vermine », témoigne Renée C. Byer. Les cas de ce genre sont courants puisque les agences de réinstallation ont logé les réfugiés dans des complexes résidentiels insalubres, situés dans des quartiers pauvres.

Plus « perturbant » encore pour la photojournaliste, le mur auquel se heurtent ces hommes et ces femmes pour trouver un nouvel emploi. « Ils arrivent avec des valises pleines de certifications, de diplômes, mais aux États-Unis, cela ne leur sert à rien. Ils doivent aller sur l’équivalent du Bon coin pour espérer avoir un job. »

Ahmad Farzad Ghafoori, couvert de piqûres d’insectes, et sa mère, Badria Ghafoori, assistent à un stage d’orientation culturelle organisé par l’International Rescue Committee. © Renée C. Byer / The Sacramento Bee

« Les promesses que nous avons faites pour les aider doivent être tenues »

En pointant son objectif sur ce déclassement social, Renée C. Byer a engendré une prise de conscience. Après la publication de son reportage, Doris Matsul, membre du Congrès américain, a sollicité le Government Accountabillity Office, l’organisme d’audit des comptes publics, pour qu’une enquête soit lancée et que le niveau de vie de ces réfugiés afghans puisse être amélioré. « Les promesses que nous avons faites pour les aider doivent être tenues, a déclaré en aout 2016 la membre du Parti démocrate. Il faut leur permettre de retrouver une vie qui leur convient réellement, ils doivent pouvoir travailler et faire vivre leur famille. »

Une avancée dans les textes de lois pourrait, par ailleurs, permettre aux réfugiés de « payer des droits d’inscription moins élevés à l’Université de Californie », se réjouit Renée C. Byer. Faire évoluer la société par la force de l’image se traduit de différentes manières. Selon la photographe, certains clichés peuvent également avoir « un impact individuel ». « Une fille que j’ai un jour photographiée souffrait du paludisme. La photo que j’ai prise d’elle lui a permis de décrocher des bourses. »

Le travail de Renée C. Byer sur la détresse de ces Afghans n’est pas encore terminé. Une oeuvre de grande ampleur à laquelle s’ajoutent le travail d’un journaliste rédacteur et le projet d’un documentaire. Une chance supplémentaire pour que les conditions de vie de ces réfugiés évoluent.

Depuis que le Congrès leur délivre des visas spéciaux, plus de 2.000 Afghans sont venus vivre aux États-Unis, dans le comté de Sacramento.

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MARIE NAHMIAS