/Instagram, incontournable pour les photographes ?
Instagram photojournalisme© Viktor Hanacek / CC / Picjumbo

Instagram, incontournable pour les photographes ?

Dédié à la photographie, Instagram revendique aujourd’hui 600 millions d’utilisateurs et concurrence sérieusement Facebook et Twitter. De plus en plus de photojournalistes y ont créé un compte qui est pour eux un véritable outil de promotion.

« Les photojournalistes ont appris à apprivoiser les outils mis à leur disposition ». L’an dernier, Molly Benn, community manager d’Instagram expliquait, lors du festival Visa pour l’image, pourquoi ce réseau social a aujourd’hui la côte chez les photographes. De plus en plus de professionnels s’y inscrivent. Pour eux, cette plateforme est incontournable, voire essentielle.

Jeune photographe installée à Buenos Aires, Laurie Bhang utilise ce moyen de communication depuis trois ans. Côté boulot, elle pratique le sténopé. Mais sur Instagram, c’est un tout autre genre qu’elle poste. « Un style plus moderne par rapport à mon travail artistique, explique la jeune femme. Même si ce sont toujours des images auxquelles je trouve un attrait esthétique. Parfois, j’y poste même des photos plus personnelles, et des selfies. Mais, c’est plus rare. »

Laburando #photography #blackandwhite #portrait

Une publication partagée par Laurie Bhang (@lauriebhang) le

 

« Une exposition permanente »

Photographe connu dans les années 1980, Pascal Dolémieux est de retour après une période « d’exil » en Corse. Agé d’une soixantaine d’années, il est lui aussi inscrit sur Instagram. Depuis un an environ. « J’y publie des photos que j’aime bien et qui correspondent à ma manière de travailler », confie-t-il. Pour lui, l’utilisation de ce réseau social résulte « du plaisir de montrer. C’est un peu une exposition permanente, au final. » Pour le photographe, ce réseau permet de trouver des clichés amusants. Lui, que ses pairs considèrent comme un « poète de l’image », raconte une de ses photos: « Je suis passé par curiosité place du Louvre, le soir de l’élection d’Emmanuel Macron, pour voir l’ambiance. Sur le trottoir, j’ai vu un drapeau français au sol, écrasé. J’ai trouvé que c’était un espèce de jeu entre la poésie et la politique, alors je l’ai posté sur Instagram. »

Dégât collatéral au Louvre 😀

Une publication partagée par Dolémieux (@pdolemieux) le

Frédéric Stucin, photographe et membre du projet La France vue d’ici, est inscrit sur Instagram depuis trois ans. Il l’utilise comme une page personnelle sur laquelle il met en ligne ce qu’il ne publie pas dans la presse. Cette démarche lui apporte depuis des gains notamment matériels : « Dès que j’ai eu quelques followers, j’ai pu avoir des avantages professionnels plutôt sympathiques, notamment du prêt d’appareils. »Quelques avantage, certes, mais pas de droits d’auteur.

Ce réseau social est également un moyen de rester en contact avec des gens qui ne suivraient pas son travail sur son site web. « Sans Instagram, ces internautes n’auraient pas fait la démarche d’y aller», constate le photographe.

Paris !

Une publication partagée par Fred Stucin (@fredstucin) le

« Instagram donne plus d’envergure, reconnaît-t-il. Cela augmente notre visibilité. » Un point de vue que partagent Laurie Bhang et Pascal Dolémieux. « C’est important d’y être, affirme ce dernier. Le but est de se montrer. Pour moi, c’est comme une exposition, mais moins réfléchie, parce que composée d’images prises par ci, par là. »

Selon lui, les réseaux sociaux s’inscrivent dans l’exubérance visuelle du monde : « A titre de comparaison, s’il y a plus de magasins de vêtements qu’avant, c’est que l’on se montre beaucoup plus ! »

« Etre cohérent »

« C’est un véritable outil commercial, explique Hélène B., agent de photographes. La personne qui va rencontrer un professionnel va tout de suite aller voir ses productions sur Instagram. » Cela étant, ses protégés ne sont pas tous d’accord avec cette démarche. Ils ne veulent pas tomber dans le mauvais côté du système, celui de choisir tel ou tel professionnel car il a plus de followers qu’un autre, sans prendre en considération le talent ou la qualité du travail photographique, par exemple.

Néanmoins, Hélène B. les encourage vivement à s’y inscrire : « C’est un moyen de se rappeler au bon souvenir des uns, et de partager son actualité avec les autres. Je trouve qu’aujourd’hui, on n’a pas trop le choix. » D’après elle, sur Instagram, les photographes doivent rester cohérents avec le travail qu’ils exposent ou présentent dans la presse. « Il ne faut pas que cela soit un profil uniquement personnel ! »

Visiblement, la recette porte ses fruits : « On est de plus en plus contactés par des professionnels via Instagram, même si cela n’aboutit pas forcément. » Pour cela, elle forme ses photographes à l’utilisation du réseau social. Et lorsque l’un d’eux, un peu récalcitrant quant à son inscription sur la toile, lui dit : « Aujourd’hui, c’est Instagram. Hier, c’était Facebook. Et demain, ce sera autre chose … », elle répond : « Oui, mais quoi qu’il en soit, il faut y être ! »

ADRIEN CROCHET