/Initier les jeunes à la photo de presse
Sur une des expositions © Mazen Saggar

Initier les jeunes à la photo de presse

Le festival Visa pour l’image rassemble chaque année plus de 200 000 personnes. Des photographes, des journalistes et des amateurs. Les scolaires sont aussi un public à part entière. Une semaine entière leur est consacrée. Ils sont près de 10 000 à s’y rendre.

Du 18 au 22 septembre, Visa pour l’image ouvre ses portes exclusivement aux scolaires. Un cadre idyllique, loin de la fureur de la première semaine dédiée aux professionnels. Objectif : « Apprendre aux jeunes à analyser une image, à comprendre son contexte ».

« Pour cet événement, les élèves viennent majoritairement de l’agglomération de Perpignan, et des Pyrénées-Orientales, mais aussi des autres départements de Languedoc-Roussillon, l’Aude, l’Hérault et le Gard », explique Alain Pinol, délégué académique du centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI). Cet organisme du rectorat est associé aux projets scolaires des établissements en rapport avec les médias.

La ville catalane est le point de départ d’un travail annuel sur l’éducation à travers les images de presse. « Il s’agit là de leur premier objet d’étude. Les jeunes doivent comprendre qu’une photographie est un morceau de réalité. L’image est construite pour raconter une histoire. Elle ne peut pas être dépourvue de texte ».

Les enseignants profitent de ce festival pour inviter collégiens et lycéens à développer leur esprit critique, en aimant ou pas une image, et en l’analysant. Mais, pour en arriver à cette compréhension finale, les professeurs préparent en amont des fiches pédagogiques autour d’un thème. « C’est en compagnie de photojournalistes qu’ils déterminent les sujets à aborder selon les niveaux de leurs classes, détaille Alain Pinol. Cette année, je pense qu’il y aura un travail autour des réfugiés avec, pour appui, l’album « La Fissure », des deux photojournalistes espagnols Carlos Spottorno et Guillermo Abril.»

Décoder l’actualité

Les classes ont également accès aux expositions en version numérique pour préparer le travail en amont. « Dès la rentrée scolaire, on aborde en cours de français une séquence intitulée « Qu’est-ce qu’un photographe ? » et tout ce qu’il y a autour, décrit Céline Vignal, professeur de lettres et d’histoire au lycée professionnel Jules-Raimu à Nîmes. Ensuite, sur place pendant le Festival, nous proposons aux Terminales un exercice ludique. Ils doivent retrouver des photos dont nous avons masqué les légendes. » Une manière pour les jeunes de travailler sur des supports visuels auxquels ils ne sont pas habitués, de comprendre l’actualité et de décrypter le contexte de chacune des images.

Exemple d’atelier créé par les enseignantes du lycée Jules-Raimu, Françoise Caillieux, Myriam Martellucci et Céline Vignal

Après Visa, « nous souhaitons que le projet se poursuive dans les établissements, note Alain Pinol. Tout au long de l’année scolaire à travers un parcours éducatif. » « Au lycée Raimu, les élèves complètent leur apprentissage avec la professeur d’arts appliqués. Ils apprennent la construction d’une photo, le cadre, les lignes », commente l’enseignante nîmoise. Et puis, c’est à leur tour de se lancer. Ils réalisent plusieurs clichés, effectuent des mises en scène et sélectionnent les meilleures. Une occasion de s’initier à la prise de vue.

En dix années de présence des jeunes à Visa pour l’image, les retours sont positifs. Et la demande en augmentation. «Le contenu en ligne et la dynamique de cet apprentissage sont appréciés autant par les enseignants que par les élèves. L’équipe de Visa aimerait toucher d’autres régions, mais la capacité d’accueil est limitée à Perpignan. » Selon Alain Pinol, une autre idée serait donc dans les cartons : celle de proposer les expositions en itinérance. Elles viendraient à la rencontre des jeunes dans les établissements scolaires. Mais comme toute nouvelle proposition, il y a les « pour », les « contre » et les difficultés techniques à la réalisation de ce projet. Un « Visa on the road » serait-il alors possible dans l’avenir ?

AUDE SALVETAT

 


En direct de la rue avec le collectif Dysturb

Pendant l’événement catalan, seul le collectif Dysturb propose de sortir des murs. Ils affichent des photographies de presse dans la rue, sur toile et en format 4/3, accompagné d’un texte explicatif. « C’est le meilleur moyen de raconter ce qu’il se passe en oubliant le support magazine », souligne Pierre Terdjman, membre du collectif. Une façon de rendre les images accessibles. Un travail d’éducation et de sensibilisation à la portée de tous. Pour la 29e édition de Visa, les membres réfléchissent actuellement à un travail sur le climat et l’environnement.