/Flore Olive et Frédéric Lafargue : un binôme à l’épreuve du front

Flore Olive et Frédéric Lafargue : un binôme à l’épreuve du front

Flore Olive, grand reporter pour Paris Match, et Frédéric Lafargue, photojournaliste, travaillent ensemble depuis novembre 2015. Vendredi 8 septembre, ils participeront à la conférence « Mossoul, regards de reporters » lors du festival Visa pour l’image. L’occasion de se replonger dans leurs souvenirs de terrain, là ou leur relation si particulière est précieuse.

Que ceux qui seraient prêts à mettre leur vie entre les mains de leur collègue de travail lèvent la main. A priori, l’idée a de quoi provoquer quelques sueurs froides. Mais pour les photojournalistes et les grands reporters, c’est juste le quotidien. Frédéric Lafargue et Flore Olive travaillent ensemble depuis novembre 2015. Elle écrit, il photographie. Ensemble, ils ont notamment parcouru les rues de Sinjar, en Irak, alors que la ville venait tout juste d’être libérée du joug de Daech.

Dans ces circonstances, avoir un binôme de confiance est une question de survie. « En terrain de guerre, il est impératif de connaître ses propres limites mais aussi celles de la personne qui t’accompagne, affirme Flore Olive. Aucun de nous deux n’imposerait à l’autre quelque chose qu’il ne veut pas faire. C’est important de savoir qu’il ne me mettra jamais en danger et inversement. »

En reportage, la rédactrice et le photojournaliste sont ensemble 24 heures sur 24 ou presque. Cette proximité créé une connivence précieuse, des « automatismes » qui peuvent les tirer de situations difficiles. « On est plus vigilant quand on ne prend pas soin que de soi, assure Frédéric Lafargue. S’il y a mésentente sur une question de sécurité, la règle est d’écouter celui qui veut aller le moins loin. C’est précieux de savoir dire qu’on a peur, c’est hautement respectable. Ça sauve. »

Au-delà de la confiance, indispensable, la cohésion et la complicité sont aussi des atouts majeurs lorsqu’on s’aventure à deux en zone de conflit. Lorsqu’elle est atteinte, cette « osmose » transparait dans la qualité du rendu final. « Ses photos ne sont pas là pour illustrer mon texte et mon texte n’est pas là pour illustrer ses photos, indique Flore Olive. Les deux se complètent mais doivent aussi tenir indépendamment l’un de l’autre. C’est à ce niveau que l’on ressent le travail d’équipe et la complémentarité. »

Sur le terrain, ils se coordonnent et s’organisent à l’instinct, presque sans se consulter. « Il faut connaître les priorités de l’autre », glisse Frédéric Lafargue. « Il y a une contingence dans l’image, un espace temps particulier, renchérit Flore Olive. La photo est bonne à 13h05 mais ne l’est plus à 13h07. Il peut arriver que je ne travaille pas pour moi pendant toute une journée parce qu’on cherche à faire une photo. D’un autre côté, le lendemain, il va me suivre pendant six heures d’interview dans un camp de réfugiés. »

« Chacun son métier »

Il leur arrive même d’intervenir sur le travail de l’autre. « Il y a une interchangeabilité qu’on laisse ouverte, estime le photographe. Chacun garde une vigilance pour la partie de l’autre. Flore peut faire des photos et, si besoin, je peux recueillir une info ou un témoignage. » Selon la rédactrice, c’est l’avantage d’être photojournaliste : ils sont capables de « travailler tout seul ».

Cela n’enlève en rien l’importance du binôme. Tous deux gardent une réserve en ce qui concerne la mutualisation des supports. « Chacun son métier, lâche Flore Olive. Une seule personne pourra faire un sujet avec un peu de son et un peu de vidéo. Mais elle ne fera pas un vrai sujet presse écrite cumulé à un vrai sujet son et vidéo. » Sur la même longueur d’onde, Frédéric Lafargue illustre les propos de son binôme : « C’est un peu comme si, en athlétisme, on comparait les performances des coureurs du 100 mètres à celles des décathloniens sur la même épreuve. »

« Un binôme qui fonctionne, c’est précieux »

Selon eux, on risque « l’appauvrissement du travail » en demandant à une personne de « faire plusieurs métiers à la fois ». Mais, en ce qui les concerne, ils ne sont pas vraiment inquiets. « Les rédactions connaissent leur bestiaire, assure Frédéric Lafargue. Un binôme qui fonctionne, c’est précieux. Quand il a fait ses preuves, il est souvent reconduit. C’est dans l’intérêt de tout le monde. »

Le journalisme a ainsi connu de grands duos. Ils en énumèrent quelques uns : Alexandra Boulat et Caroline Mangez, Véronique De Viguerie et Manon Querouil, Laurent Van Der Stockt et Remy Ourdan. Tous ont connu cette « osmose » qui fait les bons binômes. Mais Frédéric Lafargue et Flore Olive ont également la particularité d’être en couple. Selon eux, ça n’a pas de réelle incidence sur leur travail. « Quand il y a des enfants par contre ce n’est plus pareil, précise la rédactrice. Dans ce cas, il n’est plus question de partir ensemble en terrain dangereux. » Pour l’heure, le duo a toute sa raison d’être. Sur le front comme à la maison, ils sont leur meilleur atout.

Coralie Rabatel