/Faire illusion pour montrer la grande illusion
Les principales industries de la ville et de la périphérie de Huolin Gol (charbon, énergie et chimie) ont tellement pollué les prairies que les troupeaux ne peuvent plus y paître. La collectivité locale a installé des sculptures à la place des bêtes. Mongolie-Intérieure, 2012. © Lu Guang

Faire illusion pour montrer la grande illusion

Avec « Développement et pollution », Lu Guang dénonce les conséquences de l’essor industriel chinois. Nous avons sélectionné un cliché qui nous semblait irréel et l’avons soumis à l’oeil d’une experte, Isabelle Féroc-Dumez, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Poitiers. Décryptage d’une image plus « complexe » qu’il n’y paraît.

« En termes de signes plastiques, ce sont des gris, des couleurs sales qui font penser à l’apocalypse, à la mort. Autour des usines on n’aperçoit pas de signe de vie. Il n’y a pas de maisons, pas de fermes, personne. Pourtant, il y a ces moutons, mais on les trouve bizarres. La mise en scène est étrange : « Pourquoi mettre ces sculptures ici ? ».

Pour comprendre cette image, on a besoin de lire la légende. On y apprend que c’est la collectivité locale qui a installé ces sculptures. On est dans un vrai questionnement politique. Cette image trompe le regard comme la Chine trompe le grand public avec ses mesures de protection de la population. Si on ne se penche pas sur l’histoire du photographe, sur le contexte dans le pays, c’est difficile à entrevoir. Cette photo est elle-même une illusion pour dénoncer la « grande illusion ». Quand on sait que Pékin peint en vert la pelouse pour que ce soit plus joli à la télé, on perçoit que Lu Guang est en train de dénoncer les tromperies du gouvernement.

Habituellement, pour montrer la pollution, on montre les déchets, la fumée… On montre qu’on ne peut plus faire paître d’animaux. Ce qui est insolite ici, c’est qu’on montre des moutons qui se nourrissent de ce semblant d’herbe, ce semblant de vie. Cette photographie interroge : Est-ce qu’il y a des paysans qui travaillent là, de vrais moutons, de vraies gens ? »

Propos recueillis par SANDIE BIRCAN