/Emanuele Scorcelletti en Italie
Aleandro Petrucci, maire du village d’Arquata del Tronto, épicentre du tremblement de terre. Province d’Ascoli Piceno, région des Marches © Emanuele Scorcelletti pour Le Figaro Magazine

Emanuele Scorcelletti en Italie

Le photographe Emanuele Scorcelletti s’est rendu dans les régions italiennes des Marches et de l’Ombrie, en septembre et octobre 2016, un mois et demi après les séismes. La photo du maire au milieu des ruines l’a particulièrement marqué.

« L’histoire de cette photo me plaît, surtout pour son drôle de personnage, Aleandro Petrucci, le maire d’Arquata del Tronto, un des villages dévastés par le séisme. J’ai passé toute une journée avec lui quand j’étais sur place. Il m’a montré le village. Il marchait la tête baissée. Il était fatigué et en même temps, il gardait l’espoir. Il était tout petit, comme ça, un peu potelé.

On s’est baladé dans le village complètement détruit et j’ai vu cette rue. Je voyais tout de suite la photo. Je l’ai laissé partir tout seul, je me suis reculé et il a continué à marcher. J’ai préparé mon cadre pendant qu’il était au bout d’une route goudronnée complètement abîmée.

Je trouve que cette photo porte des symboles très forts. Il n’y a pas besoin de montrer autre chose. Ça résume la situation de ces personnes. Il est seul à affronter les problèmes mais il garde la tête haute. Cette photo me touche beaucoup, encore aujourd’hui.

Ce jour-là, il m’a aussi raconté une histoire. Il a rencontré l’homme d’affaires italien Diego Della Valle (président du groupe Tod’s, NDLR) après les séismes, et il y est allé franco en lui demandant : « Pourquoi ne construisez-vous pas une usine chez nous ? » Il m’a dit qu’en demandant ça, il avait l’impression d’être Peppone face à Don Camillo. Finalement, il a bien fait car il a obtenu gain de cause. L’homme d’affaires a accepté. Cette usine sera construite dans la montagne au-dessus du village, à l’épicentre des séismes. Ça permettra de donner du travail à la population et que les gens qui veulent rester puissent le faire. »

Propos recueillis par MARIE-MADELEINE REMOLEUR