/Ed Kashi : « Je n’ai rien touché, il n’y a aucune mise en scène »
Jorge Martin Bonilla (29 ans), le cadet de six frères dont trois sont atteints de la maladie CKDu (maladie rénale chronique d’origine inconnue). Il est tombé malade en 2004, après avoir travaillé pendant cinq ans dans les plantations de canne à sucre. Il est décédé le matin. Chichigalpa, Nicaragua, 30 avril 2014 © Ed Kashi / VII

Ed Kashi : « Je n’ai rien touché, il n’y a aucune mise en scène »

La CKDu est une maladie méconnue. Ed Kashi a tenu à mettre cette pathologie du rein sous le feu des projecteurs, avec son exposition « Nouvelle épidémie ». Pendant cinq ans, il a traqué cette maladie à travers le Salvador, l’Inde, le Sri Lanka ou encore le Nicaragua où il a réalisé cette photo incroyable.

 

À Chichigalpa, ville de 50 000 habitants à l’ouest du Niacaragua, le photographe Ed Kashi a immortalisé une scène poignante. Celle d’un homme mort, exposé pour la veillée mortuaire dans une pièce étroite et sombre, au milieu d’un bric-à-brac. « Mon cliché montre un travailleur d’un champ de cannes à sucre. Il a succombé à la maladie CKDu. Il avait environ 29 ans, il était très jeune. Sa famille préparait son corps pour les funérailles du lendemain. »

« Il n’y a aucune mise en scène »

Ce 30 avril 2014, Ed Kashi n’est pas arrivé dans cette pièce par hasard. « Je n’étais pas juste là au bon endroit au bon moment. Dans mon processus de recherche, j’échange avec les gens, je discute, je me lie d’amitié. J’ai aussi des contacts locaux. Certains m’ont prévenu qu’un jeune homme venait de mourir le matin-même. Ils en ont parlé à la famille, ils m’ont mis en relation avec elle. J’ai demandé la permission de voir la scène et la photographier. Ils ont accepté. »

Cette image puissante est exposée au Couvent des minimes. Le photographe souhaite la montrer au plus grand nombre, pour faire passer un message. « Pour faire connaître l’histoire de cette maladie, il est important de montrer comment ces jeunes personnes décèdent ou tombent malade. Quand vous faites un gros reportage, vous avez des photos de la vie de tous les jours, de travail, mais aussi de mort et de maladie… ». Et ce cliché, pour véhiculer encore plus d’émotion, a été pris sur le vif. « Sur place, c’était exactement comme ça. Je n’ai rien touché, il n’y a aucune mise en scène. Tout était disposé comme sur l’image », promet l’Américain de 59 ans. Car pour lui, c’est primordial. « Le plus important pour la photo, c’est cet instant où tu ne peux rien préparer. Et là, quelque chose de magique se crée. »

DYLAN DUSART

Retrouvez deux autres photos d’Ed Kashi exposées au Couvent des minimes dans le cadre de l’exposition « Nouvelle épidémie » :

À la faculté de médecine Narayana. Nellore, Andhra Pradesh, Inde, janvier 2016 © Ed Kashi / VII

 

Campagne de dépistage organisée par une association locale de lutte contre la CKDu, avec le soutien des autorités publiques. Ici, dans cette ville frappée par la maladie, 342 lycéennes attendent de subir un prélèvement sanguin. Rajanganaya, province du Centre-Nord, Sri Lanka, juin 2016 © Ed Kashi / VII