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Trinley Paris expose "Aux saveurs bretonnes". © Nathan Sportiello

Des hommes nus à la crêperie

« Aux saveurs bretonnes », on peut déguster une bonne galette de sarrasin, tout en contemplant les nus masculins de Trinley Paris. La photographe de 58 ans expose pour la première fois dans le cadre des Off de Visa pour l’image. Un vrai plaisir pour elle, comme pour le gérant de la crêperie Nicolas Navarrete.

 

Pour Trinley Paris, c’est une grande première. Sélectionnée parmi de nombreux photographes amateurs pour participer au Off de Visa pour l’image, elle expose ses œuvres chez Nicolas Navarrete, le trentenaire gérant de la crêperie « Aux saveurs bretonnes », à deux pas du Castillet. Les saveurs des photos de Trinley n’ont pas grand-chose à voir avec celles des galettes de sarrasin de Nicolas : ce sont des portraits d’hommes nus qui ornent les murs du petit restaurant.

Ces photos ont d’abord fait craindre le pire au crêpier qui accueille le Off pour la deuxième année consécutive. « Nous ne choisissons pas les œuvres exposées, explique-t-il. Alors quand Visa m’a dit qu’il allait s’agir de nus masculins, j’avoue avoir eu très peur ! » Avec une clientèle constituée « à 90 % de femmes », ça passe ou ça casse.

Des étourneaux aux hommes nus

Il faut dire que cette exposition-là n’a rien à voir avec celle qu’il accueillait en 2016. « L’année dernière, la photographe Marie Lacalm avait exposé toute une série sur le thème des étourneaux », se souvient Nicolas Navarrete. Force est de constater que d’une année à l’autre, les modèles ont perdu leurs plumes.

« Les photos de Trinley sont vraiment très belles, se réjouit le gérant aujourd’hui rassuré. C’est sobre et très sympa. » En effet, la Perpignanaise propose une série de clichés épurés, avec une atmosphère intimiste. Des hommes qui n’entrent pas forcément dans les canons de la beauté telle qu’elle est vécue aujourd’hui, mais que Trinley Paris rend tout simplement beaux. Le tout dans un clair obscur qui rappelle certaines œuvres du Caravage, dont les travaux aux XVIe et XVIIe siècles continuent d’inspirer bon nombre d’amoureux de l’image.

Et la clientèle de la crêperie est ravie : « Mes habitués sont très contents du résultat, reconnaît le patron, tout sourire en préparant le vernissage. Et puis, on a l’habitude de voir des nus féminins. C’est un petit pas de plus vers la parité ! »

Off ne rime pas avec argent

C’est par pur plaisir qu’il accueille dans son restaurant ce genre d’événements. « J’ai plusieurs amis qui font de la photo, alors je m’y suis intéressé très vite. Et puis, il ne faut pas faire ça en espérant faire exploser les ventes », précise Nicolas Navarrete.

En effet, visiteur ne se conjugue pas forcément avec argent. « Cela nous ramène du passage mais cela ne se traduit pas forcément par une augmentation de notre chiffre d’affaire. Ceci dit, le vernissage permet tout de même de faire connaître notre restaurant. On en profite car les visiteurs viennent de partout. »


Trinley Paris : pour l’amour de la photo

© Trinley Paris

Née en 1958, Trinley Paris a toujours baigné dans la photo. Après l’argentique, elle a franchi le cap du numérique en investissant dans du matériel et des cours de photographies pour apprendre à se servir de ses nouveaux jouets. Une passion « forte et bouillonnante », comme elle la décrit, qu’elle pratique dans le but de « ressentir l’émotion et d’essayer de la retransmettre ». Pour elle, la photo est « une inspiration guidée par je ne sais quelle puissance. Les photos sont déjà faites dans ma tête, je les vois, il me suffit juste de me laisser guider pour retrouver le bon angle, la bonne disposition, le bon modèle. Je ne cherche pas, je ne calcule pas, je dois les faire, c’est tout ».

MATTHIEU EUGÈNE et NATHAN SPORTIELLO