/Comme un air de campagne
Meeting à la Villette de François Fillon © Franck Dubray/Ouest-France

Comme un air de campagne

Couvrir la présidentielle n’a pas été évident pour les photographes de Ouest-France. Lors des déplacements et meetings des candidats, le nombre de plus en plus important de confrères a rendu la tâche plus difficile. Et par conséquent, moins passionnante.

Des meetings électoraux, on retient ces images de bousculades entre les reporters. De cohues avec parfois, au milieu, un politicien qui tente de se frayer un chemin. Les médias sont de plus en plus nombreux à couvrir ces événements politiques. Les photographes du quotidien Ouest-France en font partie.

Parmi eux, Jérôme Fouquet, arrivé à « Ouest » en 1989. « Couvrir les élections est de plus en plus difficiles pour les photographes, explique-t-il. Lors des visites, on rencontre un grand nombre de médias. » Franck Dubray, 25 ans dans la boîte, confirme : « Lors des soirées électorales, nous étions près de 600 au premier tour au QG de François Fillon, photographes, cameramen, techniciens, tout corps confondus. Au second tour, pour Marine Le Pen, près de 400… »

Présence massive des médias au QG de Marine Le Pen ©Franck Dubray/Ouest-France

La raison : la multiplication des titres d’infos. « Avant, il n’y avait qu’un troupeau de photographes : nous étions une quinzaine, une vingtaine, avec quelques cameramen des grandes chaînes nationales, TF1, France Télévision…, raconte Jérôme Fouquet. Désormais, se sont greffées toutes les chaînes d’info en continu. Ajoutons à ceux-là les médias web, indépendants. Ça fait vraiment beaucoup de monde. »

Cohue ou calme plat

Selon le contexte, cela peut parfois tourner à l’empoignade. Comme lors des déplacements des candidats en région. « C’est une véritable cohue mais également un capharnaüm, car tous cherchent la petite phrase. C’est un merdier pas possible et cela dessert la personne que l’on vient couvrir », regrette Jérôme Fouquet.

Franck Dubray, lui, a vécu des soirées plutôt calmes dans le camp des perdants. « Les soirées électorales que j’ai couvertes ont finalement été assez courtes ! Chez Fillon, au premier tour, tout était plié à 21 h 30. Même chose au bois de Vincennes, pour le deuxième tour, au FN. » Y compris lors de l’arrivée des « pontes » ? Christian Jacob ou autres François Barouin ? « Ça peut être un peu la cohue, mais cela reste gentil. »

Il a aussi remarqué quelques changements dans la couverture des politiques. Depuis l’instauration de l’état d’urgence, de nouvelles mesures sont apparues : « C’est un peu toujours la même routine : il faut arriver tôt, retirer son accréditation, passer à la fouille, notamment le matériel qui est désormais reniflé par le chien démineur. »

Fouille du matériel avant un meeting de Marine Le Pen ©FranckDubray/Ouest-France

« N’importe quel pimpin peut faire une photo correcte »

Lors de ces événements, tous sont présents pour la même chose. « Tout le monde veut avoir la même image, explique Franck Dubray. Alors, il faut marquer sa place, être présent au bon endroit au milieu de la quarantaine de photographes. » Sur ce point, on sent le désarroi de Jérôme Fouquet : « Il n’y a pas d’intérêt, à mon sens, de se battre pour être à 20 centimètres du mec et faire la même photo que tout le monde. »

Avec l’instantanéité est aussi venu le temps des photographes « amateurs », celui de l’individu lambda équipé de son iPhone. « Désormais de simples papas nous font concurrence, se désole Jérôme Fouquet. N’importe qui, avec un smartphone, peut avoir des images qui parlent plus que nos photos. N’importe quel pimpin peut faire une photo correcte… »

Soirée du second tour au QG de Marine Le Pen ©Franck Dubray/Ouest-France

Chaque citoyen est donc presque devenu photographe grâce aux nouvelles technologies. Le tout en passant entre les gouttes – ou, parfois, en attisant les braises – de la défiance envers la presse ressentie par Franck Dubray. « J’ai fait deux meetings de Macron, un de Mélenchon, un de Hamon et deux de Fillon, pose-t-il en contexte. C’est seulement chez ce dernier que nous avons parfois eu des militants qui, quittant la salle, passaient devant la presse et lâchaient quelques mots : « Allez-y, écrivez de la merde maintenant ! » Nous le ressentons moins en tant que photographes. Mais en étant tous ensemble, nous sommes tous visés. »

A Ouest-France, on sent que les campagnes électorales ne sont pas forcément la tasse de thé des photographes. L’urgence ne leur permet pas de faire de belles images. Ils attendront d’autres événements, sportifs, sociaux, pour prendre plus de plaisir dans leur métier.

MATTHIEU EUGENE