/Angela Ponce Romero au Pérou
Des femmes accompagnent leurs proches assassinés jusqu’au cimetière. Ayacucho, Pérou, 2016 © Angela Ponce Romero Lauréate du Visa d’or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) 2017

Angela Ponce Romero au Pérou

Photojournaliste péruvienne, Angela Ponce Romero a remporté cette année le « Visa d’Or humanitaire du CICR ». Son travail, sur les disparus de la ville d’Ayacucho pendant le conflit armé opposant le groupe Sentier Lumineux et le gouvernement (1980-1990), a séduit le jury à l’unanimité. La photographe de 23 ans revient sur les coulisses de ce cliché.

« Ces personnes ont récupéré les os et les vêtements de leurs proches trente ans après leur décès », raconte Angela Ponce Romero qui a suivi le processus de deuil de ces habitants d’Ayacucho. Pour parvenir au cimetière, situé en haut de la colline, le cortège a dû marcher quarante minutes et traverser une rivière. « La nuit, ce chemin est réputé dangereux à cause des animaux sauvages », ajoute-t-elle. Les funérailles durent quatre jours durant lesquels les familles des morts, de confession catholique, organisent la cérémonie et « préparent » l’âme des défunts à passer dans l’au-delà.

Il est de coutume de s’habiller en couleurs pour un enterrement, rappelle Angela Ponce Romero. « Les femmes sont généralement en jupe et portent un chapeau orné d’une fleur. Cette fleur a une signification différente en fonction de sa couleur. Le rose par exemple indique que la femme est célibataire. »

Pendant son immersion, la photojournaliste a réussi à créer un lien avec ces personnes endeuillées. « Ils m’ont accepté, il y avait une connexion entre eux et moi », explique-t-elle. « L’homme, au premier plan du cliché, transporte les restes du corps de son père. Il m’a dit que son combat était personnel, mais que c’était aussi important pour la justice et toutes les autres personnes n’ayant pas pu retrouver le corps de leur proche. »

MARIE NAHMIAS


Pour aller plus loin, Angela Ponce Romero revient sur deux de ses clichés. Elle decrit comment y est exprimée l’absence des disparus.

 

Les veuves de Cayara participent à une commémoration religieuse de leurs maris défunts. Ayacucho, Pérou, 2016.

 

Une jeune femme de Cayara apporte des fleurs pour honorer les morts. Ayacucho, Pérou, 2017.

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MONA ANNE